Crédit Mutuel Asset Management est une société de gestion d'actifs de Groupe La Française, holding de la branche de gestion d'actifs du Crédit Mutuel Alliance Fédérale.
La Semaine européenne de la mobilité se tiendra du 16 au 22 septembre. Cette initiative de la Commission européenne vise à inciter les particuliers, les collectivités et les entreprises à privilégier des transports durables : marche, vélo, covoiturage ou transports collectifs. Pour la seconde année, le thème retenu est « La mobilité pour tous »[i].
Pour les entreprises, cette thématique s'inscrit dans deux dimensions ESG.
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Environnementale : les déplacements domicile-travail des salariés[ii] relève d’émissions Scope 3, qui représentent jusqu'à 90 % de l'empreinte carbone totale d'une entreprise[iii].
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Sociale : l’existence de transports abordables, durables et adaptés conditionne l'accès à l'emploi, à la santé et au bien-être. Nous nous intéresserons ici à cette dernière.
Un bassin de recrutement qui se contracte
À l'échelle de l'Union européenne, le réseau de villes Eurocities[iv] et l'association du transport public UITP[v] alertent depuis plusieurs années sur la « pauvreté de mobilité » : lorsque le coût, la disponibilité et l'accessibilité des transports empêchent une partie de la population, en particulier celle occupant des postes non télétravaillables, d'accéder à l'emploi, à la formation ou aux services essentiels.
Pour une entreprise, ce phénomène dépasse le cadre des seules politiques publiques : il conditionne le bassin de recrutement disponible autour de ses sites. Une implantation industrielle ou logistique mal desservie par les transports collectifs voit son bassin d'emploi se contracter mécaniquement, excluant de fait les candidats non motorisés. Le risque pèse surtout sur les secteurs à forte intensité de main-d'œuvre peu qualifiée ou géographiquement dispersée : logistique, industrie, grande distribution, services à la personne.
Le trajet domicile-travail, composante du risque d’attrition
Plusieurs travaux récents établissent un lien entre conditions de trajet et performance au travail. Une étude, publiée en 2026 dans le Journal of Transport and Health, montre que le stress lié au trajet domicile-travail dégrade la productivité des employés[vi]. Menée auprès de plus de 12 000 professionnels, une étude par PageGroup[vii] montre que ce stress varie fortement selon le mode utilisé : en moyenne, 38 % des salariés jugent leur trajet en transports en commun stressant, contre 34 % en mode individuel. Cet écart se creuse fortement dans les pays où le réseau de transport public est jugé peu performant. Les trajets longs pèsent également sur le recrutement : ils réduisent le nombre de candidats disponibles pour un poste donné et s’accompagnent d’un taux plus élevé de refus d'embauche. Pour un employeur, la qualité du trajet domicile-travail devient ainsi une composante à part entière du risque d'attrition et de désengagement, au même titre que la rémunération ou les conditions de travail.
La mobilité active, un levier de prévention mesurable
La mobilité active (marche, vélo, vélo à assistance électrique) offre un contrepoint documenté. Une étude, parue en 2025 dans Frontiers in Sports and Active Living, montre qu’elle introduit dans les trajets quotidiens une activité physique d'intensité légère à modérée, qui limite les risques associés à la sédentarité prolongée, tout en réduisant l'exposition à la pollution automobile[viii]. À durée de trajet comparable, les salariés concernés rapportent un meilleur état physique et mental que ceux en mobilité passive, ce qui se traduit en aval par une performance professionnelle jugée supérieure.
Pour les entreprises, l'enjeu n'est donc pas seulement de proposer des dispositifs incitatifs (stationnement vélo sécurisé, douches, forfait mobilités durables), mais de traiter la qualité du trajet domicile-travail comme un déterminant à part entière de l'absentéisme, de l'engagement et, in fine, de la productivité de leurs équipes.
Autre élément à prendre en considération, l’effet sur les coûts de santé qui reste largement négligé dans les analyses financières. Une étude finlandaise de 2024, publiée dans le Scandinavian Journal of Medicine & Science in Sports et portant sur des salariés du secteur public, montre qu'un niveau élevé de mobilité active (61 km par semaine en moyenne) réduit de 8 à 12 % la probabilité d’un arrêt maladie, et de 18% celle d’un arrêt de longue durée.
Prévenir plutôt que soigner : un arbitrage économique
L'exemple de Bank of America est à cet égard révélateur : la banque consacre plus de $250M par an aux traitements anti-obésité (GLP-1) de ses 211 000 salariés, soit environ 13 % de son budget santé total, qu’elle justifie par la réduction attendue des risques cardiovasculaires à moyen terme[ix]. Propre au système de santé américain où l’employeur finance directement la couverture médicale, ce cas illustre par contraste l'intérêt économique d'une prévention en amont, nettement moins coûteuse que la prise en charge curative. Transposé au contexte français, où l'employeur finance depuis 2016 au minimum 50 % de la cotisation à la complémentaire santé collective, le même raisonnement peut s'appliquer : en limitant les pathologies liées à la sédentarité, une politique de mobilité active peut contribuer, à terme, à contenir la progression du coût des mutuelles supporté par l'entreprise.
Loin d'un sujet de communication interne cantonné à une semaine de l'année, le volet social de la mobilité doit s'imposer comme une composante à part entière du capital humain, avec des répercussions mesurables sur les coûts de recrutement, la stabilité des effectifs et, in fine, la performance opérationnelle.
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[i] EUROPEAN MOBILITY WEEK | The campaign
[ii] https://ghgprotocol.org/sites/default/files/2022-12/Chapter7.pdf
[iii] Environmental supply chain risks to cost companies $120 billion by 2026 - CDP
[iv] European Mobility Week: Making mobility for everyone - Eurocities
[v] Mobility for Everyone: European Mobility Week Spotlights Inclusive Transport Solutions - UITP
[vi] The hidden toll of commuting: How and when stress travels from the road to the workplace – Transportation Research- via ScienceDirect
[vii] Le trajet du travail des européens: calme et détendu, ou stressant et inefficace? | Michael Page
[viii] Frontiers | Incorporating active commuting into daily life: a narrative review of e-bikes’ impact on health and urban air quality
[ix] Bank of America CEO: GLP-1 drugs for employees cost $250M a year
